préjugés quand vous nous tenez !

Publié le par Armelle

Pour ceux qui aiment débattre un article intéressant dans Le Monde en ligne
  "La discordance des langues", par Thomas Ferenczi
  http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-832595,0.html
  
  Intéressant non par son argumentation mais parce qu'il rassemble en quelques mots toutes les banalités qui permettent de faire l'économie d'une véritable réflexion :
  
  - Ce seraient les différences de langue qui empêcheraient les Européens de se sentir membres d'une même communauté : déjà vieux discours d'une identité européenne dont on ne sait trop ce qu'elle représente.
  - Dans le même ordre d'idées : les particularismes linguistiques seraient l'obstacle à l'émergence d'une Europe de la culture. Comme le faisait remarquer ironiquement Le New York Times lors de l'entrée des dix derniers arrrivants dans l'Europe, la culture européenne existe : c'est la culture américaine de grande consommation telle qu'elle est développée à et pour l'étranger. Un Finnois ignore tout du Portugal et un Français se fiche totalement de savoir quels chanteurs sont populaires en Allemagne. Mais tout le monde communie autour des films de conso américains, et autres produits mondiaux (que je me garderais bien de confondre avec la culture américaine).
  - L'anglais serait parlé par à peu près tout le monde. Qui nous dira avec quelle compétence ? et pour faire quoi ?
  Il est clair à cet égard que l'anglais n'est pas appris comme une langue étrangère mais comme une langue mondiale (pour ceux qui s'intéressent à la question voir le rapport Graddol "English next" http://www.britishcouncil.org/learning-research-englishnext.htm). Ses prétentions culturelles ne dépassent donc pas celles d'une culture mondialisée. L'Europe est là hors jeu, et toute réflexion qui ne s'inscrit pas dans un contexte mondialisé est un peu ridicule.
  - Enfin, dans la famille prêt à penser je sors la carte la plus usée, le vieil argument selon lequel on ne ferait rien en France pour les langues étrangères. J'invite Thomas Ferenczi à s'informer sur l'offre de langues dans le système scolaire français et aller voir le sort qui est réservé aux langues étrangères dans le système équivalent en Grande-Bretagne.
  
  Je ne sais plus qui a écrit que les idées qu'on utilise le plus souvent finissent par nous paraître les plus vraies (Bergson ?). Ce qui est amusant c'est qu'il en va de même pour la vie publique : à force de répéter les mêmes choses sans trop s'interroger on arrive à en faire des vérités.
  

Pierre Morel
Maitre de conferences
Conseiller pour la cooperation francophone
Institut de recherches philologiques et interculturelles
Universite Libre Internationale de Moldova
Chisinau - Republique de Moldova
www.ulim.md
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article